Pour les ceux qui auront le courage de tout lire.
Pour Laure, dont je suis ici les conseils. Et qui est toujours là.
. C'est la douleur qui vint en premier. Une douleur amère et sèche. Une douleur que l'on attend, avec répugnance et impatience. Arrive ensuite le sang, conséquence ingénieuse de l'acte prémédité. Il perle doucement, le long du bras, puis s'embrase soudainement, comme un feu infernal. La simple vision de ce liquide rougeâtre, suffit à achever l'énergie primaire qu'il a fallu prouver. Je me souviens juste de la lumière. La lumière du néon, qui, pourtant si puissante, s'effiloche, et, peu à peu, disparaît. Et puis, plus rien. Le vide, les limbes, le néant. Comme si on avait décidé de couper le passage suivant, inintéressant ou inexistant.
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. Les paupières sont lourdes, soudée entre elles, accordées sur un unique point : empêcher de voir la laideur du monde. Mais la curiosité passe outre cette prévention. Elle prend le dessus sur tout, comme à chaque fois. Où suis-je ? A travers les cils, on aperçoit l'étrange clarté du ciel, d'une blancheur extrême. A moins que ce ne soit pas le ciel, justement. Des carreaux apparaissent, à droite, à gauche, en formant un quadrillage parfait. Les jointures d'un carrelage plafonnier, ne m'en disent guère, sur le lieu où je me trouve. La main se manifeste alors, engourdie, comme si elle se réveillait d'un profond sommeil. Prenant son rôle très au sérieux, elle se met à chercher, à tâtons cependant, un éventuel indice. Sous mes doigts, on sent la présence inévitable d'un tissu soyeux. Peut-être pas si soyeux que ça, la texture d'un drap de coton semble plus appropriée. Je suis donc dans un lit. Lequel ? Et pourquoi ? Toutes ces questions demeurent encore sans réponses. Le nez, second organe à être mobilisé, prend alors le relais. Son action est telle, qu'elle est invisible, impercevable. Dans un sursaut, un filet d'air entre par les narines, venant se nicher dans les souvenirs les plus profonds. Pour tenter de reconnaître l'odeur, le parfum, la fragrance. C'est tout un système qui est mis en place, imperturbable. Ici, cela n'a rien d'un parfum. Un relent, écoeurant, étouffant, qui menace alors de m'achever. La Javel, le chlore, le désinfectant. Je ne sais lequel, malgré tous les efforts. Aucunement quelque chose d'agréable, toutefois.
. Les hypothèses que je m'étais refusée à formuler ni même à envisager, semblent actuellement des certitudes. Faire le lien entre les différents éléments de l'enquête. Un lit, du chlore. Faire le lien, faire le lien. Je n'arrive pas. La volonté se cache alors, se défile, laissant à l'incapacité le mauvais rôle. Ce sont toujours les négations qui triomphent. Impossible, impensable, insoutenable.
. Se rendre compte du lieu où on se trouve. Admettre, accepter. La triste vérité prend de la place, elle s'étale, se diffuse. Tout est raté. Va-t'il falloir recommencer ? Je suis perdue, je veux fuir, m'échapper. Tout recevoir à la figure, tel un coup de fouet. La conscience ne s'en remet pas, elle implose. Ne suis-je douée pour rien ? Les parques ont même refusé la candidature. Une coupure, net, direct tranchant. On ne veut pas de toi. L'échec est de nouveau de la partie, vacillant d'abord ; imposant, résistant ensuite.
. Les paupières sont lourdes, soudainement. Elles abandonnent, elles ont perdu, une fois de plus. Dans le champ de vision, des stries sombres apparaissent. Comme pour couper le monde en morceaux. En tranches, rondelles ; tu n'est qu'un bout de chair. Etirée, comprimée. Libérez-moi. Les cils vibrent, tremblent. L'image devient floue, brouillée, épinglée de toute part. Un mouvement saccadé. Je m'endors. Reprendre des forces, respirer. En haletant au commencement. Pas à pas, l'apprentissage. Le souffle se pose, s'apaise. Se reconstruire « Jette ton pyjama, lève toi et marche, pauvre orphelin. Papa et maman ne reviendrons pas ».
. Dors bien. Demain, je serais une grande. La vie ne demande qu'à se faire entendre. Crie, hurle, et hurle encore. C'est maintenant que tu nais. C'est un cri de vie.
Texte by me
© Maïna. 2009